Énaction, Externalisme et Suppléance Perceptive (Charles Lenay, 2006)

Auteur

Charles Lenay, professeur de philosophie et sciences cognitives, COSTECH EA2223 Université Technologique de Compiègne

RESUME.

Des  situations expérimentales très simples permettent de dépasser la critique du représentationnalisme pour définir précisément, et faire fonctionner concrètement, le schème explicatif de la perception comme énaction. Localisation et reconnaissance de forme s’inscrivent dans l’espace des déplacements du point de vue relativement à l’objet perçu. Ici, l’espace de perception est l’espace d’action lui-même, et non pas un espace interne de représentation. Plutôt que de présupposer une séparation entre expérience vécue interne et objectivité externe et  de seulement chercher des corrélats neuronaux,  l’espace de l’expérience vécue est ici co-extensif à l’espace d’action et de perception. 

Extraits 

pp. 46-47

Le point de vue du sujet qui correspond à son « point d’action » est nous semble-t-il à attacher nécessairement à un système vivant qu’on pourra définir, suivant en cela Francisco Varela, comme une unité autopoïétique. Mais cette localisation du point de vue n’est pas celle du contenu de l’expérience. La causalité circulaire qui assure le maintien dans l’existence de l’unité autopoïétique engage non seulement ce qui est compris derrière les frontières de sa membrane ou de sa peau, mais aussi toutes les conditions environnementales qu’elle définit et modifie par ses actions. De même, les opérations cognitives peuvent mobiliser aussi bien des structures internes de l’organisme que des structures et traces dans son environnement.

p.49.

L’analyse et l’innovation dans le champ des « technologies cognitives » – c’est-à-dire des dispositifs qui supportent notre activité cognitive (et non pas des systèmes qui penseraient à notre place) – s’inscrit naturellement dans cette conception énactive. En effet, si l’on revenait à une conception représentationnaliste, la compréhension des conditions techniques de nombreuses opérations cognitives nécessiterait encore des redoublements périlleux. Par exemple, pour comprendre l’utilisation de traces externe comme support d’une mémoire on devrait mobiliser des capacités représentationnelles cognitives complexes de ces traces. On ne comprendrait plus comment elles peuvent soulager ou augmenter notre activité cognitive.

Source 

Charles Lenay, Énaction, Externalisme et Suppléance Perceptive, Intellectica, 2006/1, 43, pp. 27-52 

En accès ouvert sur :   https://intellectica.org › SiteArchives › actuels › n43 › 43-3-Lenay.pdf

Corps connectés, figures, fragments, discours, Presses des mines, 2022

Auteurs

Armen Khatchatourov, Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Gustave Eiffel

Olaf Avenati, designer graphique et numérique, enseignant en Master et chercheur à l’ESAD de Reims


Pierre-Antoine Chardel, professeur et directeur du LASCO Idealab à IMT-BS

Isabelle Queval est philosophe, professeur des universités à l’INSHEA, titulaire de la chaire UNESCO “Handicap, Education et Numérique”.

Résumé

Nos corps sont désormais inscrits dans les flux de données. Nos nouvelles expériences sensorielles, de déplacement ou d’être ensemble sont amplement modifiées à l’ère de l’hyper-connexion et du Big Data. Mais comment cette nouvelle manière d’envisager nos corps (de notre corps propre au corps social) se traduit-elle ? Quel impact cette condition numérique a-t-elle sur nos vies ? C’est à ces questions que le présent ouvrage s’intéresse, au fil des contributions issues de domaines variés, tels que l’art, le design, la philosophie, la sociologie ou la psychologie, en ouvrant des voies d’analyse aussi hétérogènes que complémentaires.
Il s’agit par-là d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion critique, herméneutique et sociétale sur la manière dont nos subjectivités sont affectées par la mise en données de nos corps (Résumé auteurs/éditeurs)

De notre corps propre au corps social : impact du numérique

Avec les contributions de chercheurs issus de disciplines variées

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Trace et transitionnalité par Claude Fournival

Thèse de doctorat en Psychologie. Psychopathologie et psychologie cliniques.

Soutenue en 2002.

Résumé :

« A partir de traces pré-figuratives, nous analysons les processus psychiques mis en jeu dans l’expérience de séparation/individuation mère/bébé. Moment organisateur de l’espace psychique, du Moi et des processus identitaires, l’émergence des traces pré-figuratives fixe cette expérience de rupture dans la continuité de soi et révèle la manière dont l’écart et la différence se travaillent à même la matière du support. Elles vectorisent alors en repères concrets une trajectoire grapho-psychique évolutive allant des “traces équations symboliques”, temps de fusion avec l’objet, aux “traces pré-symboles”, temps de défusion d’avec l’objet, puis “aux symboles” : espace transformationnel où s’origine le mouvement processuel de la symbolisation, retenu comme redoublement de la rencontre avec l’objet. Le processus de transformation est ainsi déplacé de l’environnement maternel d’où il s’origine vers la trace : passage de l’expérience du processus à l’élaboration de l’expérience. Temps où l’humain est amené à se (re) positionner dans une construction externe de la capacité symbolique, genèse du lien à l’objet. La trace participe ici de la constitution du sujet et de la continuité de son histoire. En contrechamps, nous observons comment dans leurs œuvres certains peintres par leur art, rendent contigu ce qui semblait intouchable, la perte originaire ».