Manifeste d’InterGestes – La geste et le geste numériques

L’objectif premier des travaux portés par InterGestes est d’interroger le jumelage entre la geste et le geste à l’aune des productions numériques. La diversité des perspectives permet aux chercheurs de replacer cette association thématique dans des contextes multiples – historique, technique, culturel et social, communicationnel, clinique, etc. -, cependant qu’elle se constitue via des regards transdisciplinaires. Aussi, d’une intuition contextuelle, l’association la geste & le geste et sa caractérisation numérique occupent d’ores et déjà un territoire de recherche particulièrement stimulant. 

La geste vient du latin gesta, du verbe gerere, qui signifie agir, faire. En ancien français, le terme désigne le récit des actions mémorables et hauts faits d’un héros et de ses représentants (Mathey, 2023). La geste médiévale se fait alors trace : il s’agit de garder en mémoire ces actes héroïques. Le geste est issu du latin gestus, désignant une attitude, un mouvement du corps, un jeu, une mimique de l’orateur ou de l’acteur. Salomon Reinach définit le geste comme un “mouvement du corps ou d’un membre du corps qui exprime une pensée ou une émotion” (Reinach, 1924). Dans cette perspective, il devient nécessaire de penser le geste digital à l’aune de sa matérialité. Le geste digital réinvente ainsi la geste médiévale, dans la narration même, dans la manière de raconter et de se raconter, par la mise en scène de soi sur les réseaux et plateformes, qui, à leur tour, transforment les gestes liés aux histoires écrites, lues et éditées.

Fondamentalement, la geste et le geste sont des artefacts, et à ce titre ils émergent de volontés, d’expériences, de crédos, de projections, en bref de tout processus révélateur, au sens quasi photographique du terme, de mise en évidence. Ils engagent également des processus de spatialisation, car les gestes produisent un espace anthropologique et social (Lefebvre, Wulf).  Le geste numérique est le fait d’au moins un mouvement : ce mouvement advient dans des espaces différents, à l’écran et en dehors de l’écran. Notre corps habite un espace polytopique (Stock), dans lequel la performance d’écran réalise la coexistence entre plateformes et interfaces numériques et les lieux connectés au réseau où nous nous trouvons. Un geste numérique, un geste d’écriture ou de lecture, de visionnage ou de partage, est toujours un événement qui a lieu, au même moment, dans l’interface numérique et dans la rue : les deux espaces sont unis par le même mouvement (Cavallari, 2021). La geste, quant à elle, est le fait du mouvement par sa nature propre : diégétique, inscrite dans l’axe espace-temps, y compris quand elle accueille du geste, la geste historicise, met en parole, s’emploie à dérouler, faits, chroniques et aventures. Le geste numérique n’est pas un geste abstrait, présumé, imaginaire, parce qu’il aurait lieu dans un espace dématérialisé, sorte d’univers parallèle. Au contraire, il s’inscrit sur des supports, intégrés à l’espace social  et aux nouvelles techniques du corps qu’il façonne. La mise en avant de cet ancrage cinétique favorise la diversité des regards et des approches possibles.

Parce que les abords critiques suscités par cette association sont riches, chaque piste empruntée peut ouvrir sur des prospectives fort diverses, au croisement du geste narratif et de la narrativité gestuelle et par-delà l’engagement des corps concrets. Le geste digital dispose-t-il d’une matérialité à part ? Comment appréhender son caractère performatif ? Une commande informatisée vaut-elle énoncé ? Emoticônes, gifs, selfies sont-ils des figures / figurations de styles physiques, des expressions évolutives au service de rhétoriques numériques et d’architextes (Jeanneret & Souchier) ? Plus encore, peut-on concevoir une critique des narrativités gestuelles selon les modalités des narrativités analogiques? Autrement dit, de la même façon que les dispositifs sont désormais “intelligents,  peut-on évoquer une “physiologie” du geste numérique, une “morphologie” des contenus, cependant que se poursuivent les “médiamorphoses” de la langue, i.e. des formes et des écritures médiatiques ?

Les axes d’InterGestes :

Toutes ces réflexions autour du jumelage entre la geste et le geste numériques ont fait émerger quatre axes thématiques et interdisciplinaires :

Gestique des robots humanoïdes : anthropomorphisation, incorporation et récits des robots humanoïdes 

La reconnaissance faciale : cognition, émotion, significations 

Geste amateur(e) dans les productions audiovisuelles 

La place des écrans dans l’enfance et l’adolescence : de la geste imaginaire au geste réel

Ces axes, nécessairement non exhaustifs, ont pour vocation de mettre à l’épreuve l’opérativité du jumelage entre la geste et le geste, tout en hybridant les ancrages théoriques, les outils, les méthodes et les corpus issus de différentes disciplines.

Historique d’InterGestes : 

En décembre 2023, Daiana Dula (Maitre de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication), Carine Roucan, (Maitre de conférences en langue et littérature françaises), et Marine Siguier (Maitre de conférences en sciences de l’information et de la communication), organisent une première journée d’études intitulée « La Geste et le geste numériques », avec le double soutien du Pôle de Recherches en Science Humaines de l’université Le Havre Normandie et du Laboratoire On Human Trace, UNITWIN UNESCO sur les systèmes complexes. 

En 2024, à l’issue de plusieurs ateliers de recherche avec les participants à la JE,  Daiana Dula, Marine Siguier et Peppe Cavallari (Institut Catholique de Paris) composent le comité de direction. Les participants à la JE deviennent les membres fondateurs du groupe de recherche InterGestes-La geste et le geste numérique, émanation de l’UMR 6266 CNRS IDEES. Le groupe fédère désormais une dizaine de chercheurs d’horizons géographiques et disciplinaires différents.

Webinaires InterGestes 2024-2025 – La geste et le geste numérique

N.B. Pour 2025-2026 :https://onhumantrace.hypotheses.org/category/webinaires-2025-2026

____________  Webinaires 2024-2025 

Les webinaires d’InterGestes sont des dialogues scientifiques entre les membres du groupe de recherche et un chercheur invité. L’objectif est de favoriser des réflexions interdisciplinaires autour de la question de la geste et du geste numériques.

Ces webinaires seront diffusés en ligne, sur le lien suivant, et ouverts à toutes et à tous : https://meet.jit.si/INTERGESTwebinaire20242025

Jeudi 24 octobre 2024, 17h : “Mon robot, les émotions et moi” (webinaire inaugural)

Intervenant invité : Serge TISSERON, psychiatre et docteur en psychologie

Discutants : Peppe CAVALLARI, Daiana DULA, Marine SIGUIER

Si l’empathie artificielle consiste dans la capacité du robot d’identifier les émotions de ses interlocuteurs humains, les émotions artificielles correspondent à sa capacité  d’interagir avec des humains par des interfaces vocales et mimo-gestuelle  totalement simulées. Dans le monde des “robjets” dans lequel nous vivrons lorsque les robots seront parmi nous, plusieurs risques méritent d’être pris en compte dès maintenant. Ces risques touchent aux caractéristiques techniques des robots ainsi qu’à notre approche, à nos projections et à nos “oublis”.

Serge Tisseron est psychiatre, président-fondateur de l’Institut pour l’étude des relations homme-robots (IERHR) et cofondateurs du Diplôme universitaire de Cyberpsychologie (Université de Paris Cité). Auteur d’un nombre considérable d’ouvrages et d’articles, il étudie depuis vingt ans les liens que nous entretenons avec les images et les objets techniques. Pour se renseigner sur le parcours de ses recherches et suivre l’actualité de ses activités, voir sur son site personnel : https://sergetisseron.com/

Jeudi 5 décembre 2024, 17h : GESTES PERCEPTIFS ET INTERACTIONS EMOTIONNELLES 

Intervenant invité : Charles Lenay, professeur de philosophie et sciences cognitives à l’Université Technologique de Compiègne

Discutantes : Daiana DULA, Inès GARMON

En deçà de la narration, en deçà du geste expressif, on peut chercher à comprendre le geste perceptif, c’est-à-dire l’activité qui permet de percevoir. En particulier pour la perception tactile, il est clair qu’elle ne peut se réaliser qu’à travers des gestes exploratoires spécifiques de ce qui est perçu. Ceci est important quand on considère ensuite les interactions perceptives interindividuelles. En effet, dans le croisement perceptif deux activités perceptives s’accrochent l’un à l’autre, ce qui peut être porteur de valeurs émotionnelles. L’étude des cas d’interactions perceptives interindividuelle peut alors être utile pour ensuite considérer les interactions avec des agents artificiels. Charles Lenay proposera un paradigme expérimental qui permet cette étude d’un point de vue scientifique et qui en même temps permet le dialogue avec des descriptions phénoménologiques.

Charles LENAY est professeur de philosophie et sciences cognitives.Il a mené une partie de sa carrière à l’Université de Technologie de Compiègne, où il a dirigé des recherches au sein du laboratoire Costech (Connaissances, organisations et systèmes techniques), un lieu incontournable pour l’étude des technologies et de leurs enjeux sur l’humain. Ses travaux enrichissent, notamment, notre compréhension des relations entre perception, technologie et interaction sociale. Sa réflexion porte sur les façons dont les technologies médiatisent ou reconfigurent les expériences perceptives et sociales. Il s’intéresse aux phénomènes de téléprésence, c’est-à-dire la manière dont les technologies modifient nos relations spatiales et temporelles avec autrui.

Jeudi 27 février, 17h : “Intelligences artificielles”? Entre étonnement et mépris

Intervenant invité : Marcello VITALI-ROSATI, philosophe, professeur au département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, titulaire de la chaire d’excellence en édition numérique de l’Université de Rouen Normandie 

Discutants : Peppe CAVALLARI, Joël COLLOC, Béatrice GALINON-MÉLÉNEC

L'”intelligence artificielle” suscite des réactions opposées. D’un côté un énorme étonnement: nous sommes “impressionné.es” par les capacités d’un modèle de langage, nous restons sans voix devant un chatbot qui répond à nos questions. De l’autre côté, une forme de mépris: “oui, je vous accorde qu’une machine sait peut-être faire cela, mais elle ne saura jamais faire X”, comme le formulait Turing en 1950. D’où nous vient cette double réaction? Par quoi sommes-nous impressionné.es? En quoi nous nous sentons toujours supérieur.es? Nous chercherons de proposer une réponse à ces questions.

Philosophe et spécialiste d’édition numérique, Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques et de la Chaire d’excellence en édition numérique à l’Université de Rouen. Il développe une réflexion philosophique sur ce que devient le monde à l’ère des technologies numériques. À partir de l’étude et de la pratique du code, il analyse la manière dont les algorithmes, les formats, les logiciels et les plateformes redéfinissent les notions d’humain, d’identité, de connaissance ou de littérature. Contributeur actif à la théorie de l’éditorialisation, il travaille à la conception de nouvelles formes de production et de diffusion du savoir ainsi qu’à l’élaboration de chaînes éditoriales innovantes. Il est l’auteur de nombreux articles et monographies et exerce également une activité d’éditeur en tant que directeur de la revue Sens public et co-directeur de la collection “Parcours Numériques” aux Presses de l’Université de Montréal. Il est à la tête de plusieurs projets en humanités numériques, particulièrement dans le domaine de l’édition savante: des plateformes d’édition de revues et de monographies enrichies, de l’éditeur de texte Stylo ainsi que d’une plateforme d’édition collaborative de l’Anthologie grecque.

Jeudi 3 avril, 17h : Le geste amateur dans les productions audiovisuelles

Intervenant invité : Patrice LEMARIÉ, artiste et enseignant en Arts Plastiques à l’Université du Havre

Discutant.es : Soufyane CHAFIK, Christophe PIQUE, Marine SIGUIER

Patrice Lemarié est un artiste qui explore la relation entre l’image animée et la peinture à travers des séries de travaux minutieusement conçues. Dans sa démarche, l’artiste associe chaque peinture figurative à son pendant abstrait. Ces équivalents abstraits sont générés par un logiciel puis traduits en peinture à l’aérographe, illustrant ainsi une fusion entre le numérique et le traditionnel. Patrice Lemarié interroge la notion de répétition et de variation en peinture, en se basant sur des images issues de la culture populaire (filmographie d’Alfred Hitchcock, Columbo…). Son travail reflète une réflexion sur la reproduction et la transformation d’images animées en œuvres picturales, offrant une nouvelle perspective sur des icônes du cinéma et de la télévision.

Patrice Lemarié est un artiste et enseignant. Il a suivi une formation en arts appliqués au lycée Jean-Pierre Vernant de Sèvres, puis a intégré l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Parallèlement à sa carrière artistique, il s’est investi dans l’enseignement des arts plastiques. Il occupe actuellement le poste d’enseignant en arts plastiques à l’Université du Havre. Pour se renseigner sur ses publications et ses activités de recherche et d’édition:  http://lemariepatrice.weebly.com/c-v.html 

Jeudi 22 mai, 17h : La socialisation numérique différenciée. Usages et temps d’écran mis en contexte

Intervenante invitée : Claire Balleys

Discutant.es : Fabien BITU, Marine SIGUIER

Cette présentation propose un regard croisé sur les usages des écrans dans les familles, celui des parents avec celui des adolescent.es. Nous allons déplacer la focale, souvent exclusivement axée sur les usages juvéniles, pour considérer plus largement les pratiques numériques familiales. L’analyse du temps d’écran à l’aune des ressources à disposition dans les familles permettra d’éclairer les différentes modalités de médiation numérique parentale. L’objectif est de montrer comment les appartenances sociales, de classe et de genre, participent aux processus de socialisation numérique.

Claire Balleys est sociologue de la jeunesse et des cultures numériques. Ses travaux de recherche portent sur les usages adolescents des écrans, les processus de socialisation juvénile et les modalités de transformation du lien social par le numérique. Professeure à l’Université de Genève, elle dirige le Medialab, Institut des sciences de la communication et des cultures numériques. Après une thèse de doctorat obtenue en sociologie de la communication et des médias à l’Université de Fribourg, elle a effectué des séjours scientifiques à Télécom ParisTech, à l’Observatoire Jeunes et Société à Québec et au sein du LabCMO à Montréal (Université du Québec à Montréal).

NB : suite à ce cycle de webinaires aura lieu un colloque international interdisciplinaire, jeudi 26 juin et vendredi 27 juin 2025. Colloque organisé par le groupe de recherche InterGestes et accueilli par l’Université Le Havre Normandie. Pour toute demande d’information à ce sujet, contacter Daiana Dula (daiana.dula@univ-lehavre.fr) et Marine Siguier (marine.siguier@univ-lehavre.fr). 

Ressources bibliographiques

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Colloc J. (2022) « A Multi-Agent Model Approach to Fill up the Gap Between Emotion, Psychologic and Brain Computing », in proceedings of SCIFI-IT’2022, ed by P. Geril and  M. Polanska, EUROSIS, University of Leuven, campus Ghent,  Belgium, 3-6, pp 8-15

Colloc J. (2022) « Intelligence Artificielle et amélioration de la cognition : Avantages et Limites » (chap. 6), in Le transhumanisme à l’ère de la médecine améliorative, ed. par  A. Cayol , B. Bévière-Boyer, W. Wang et E. Gaillard, ed. Mare & Martin, pp.89-104

Colloc J. (2024)  « Les modèles de l’intelligence artificielle substitutifs à l’expérimentation animale », (chap.4) Transanimalisme, l’animal augmenté : entre utilité et protection ed. par  B. Bévière-Boyer, A. Cayol et E. Gaillard, ed. Mare & Martin, pp.69-86

Colloc J., Bonenfant M., (2017) « Des traces humaines dans le Big Data : du diagnostic médical à la transduction machinique du corps  », in Galinon-Mélénec B. (dir), Traces du corps, tome 4 de la série L’Homme-Trace, CNRS éditions, pp 85-110

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Sperber D., (1996),  La contagion des idées, Paris : Odile Jacob

Les membres d’InterGestes

Colloque InterGestes 2025, Membres d'Intergestes de gauche à droite : Soufyane Chafik, Daiana Dula, Christophe Pique, Béatrice Galinon-Mélénec, Peppe Cavallari, Joel Colloc, Philippe Ethuin, Marine Siguier, Inès Garmon.

Comité de direction :

Coordination du groupe de recherche InterGestes

Daiana DULA (IDEES, Université Le Havre Normandie)

Peppe CAVALLARI (Médias, Images et Technologie, Institut Catholique de Paris)

Marine SIGUIER (IDEES, Université Le Havre Normandie)

Coordination éditoriale de la rubrique InterGestes au sein du carnet Ichnos-Anthropos

Marine SIGUIER (IDEES, Université Le Havre Normandie)

Membres fondateurs du groupe de recherche InterGestes :

Fabien BITU est maître de conférences en psychologie du développement à l’Université de Rouen Normandie, rattaché au Centre de Recherches sur les Fonctionnements et Dysfonctionnements Psychologiques (CRFDP EA 7475) et chercheur associé au Laboratoire de Psychologie de Caen Normandie (LPCN EA 7452). Ses recherches portent sur les modulations sensorielles en interaction avec l’environnement des enfants et adolescents, et notamment l’environnement numérique, et leurs effets sur les capacités cognitives des enfants et adolescents. fabien.bitu@univ-rouen.fr

Peppe CAVALLARI est docteur en Philosophie et maitre de conférences en Sciences de l’information et de la communication (UTC), ainsi qu’en Littérature comparée-mention études intermédiales ( UdeM), est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Institut catholique de Paris et chargé de cours en Culture numérique à Sciences Po Paris. Il est chercheur rattaché au pôle Images, Médias et Technologie (EA 7403), chercheur associé INA, responsable de projets à la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques, membre du GR IMPEC-Interactions Multimodales Par Ecran (ENS de Lyon, ICAR), et collaborateur du  CRIHN.  Ses recherches portent sur les formes de la présence à distance, sur les gestes de la culture numérique ainsi que sur l’imaginaire de la culture mobile. peppe.cavallari@gmail.com

Soufyane CHAFIK est doctorant de deuxième année en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Tours, au laboratoire PRIM. Sa recherche s’intéresse à l’évolution et à la circulation des mèmes, leurs fonctions symboliques et économiques dans un numérique plateformisé. Il s’attache à observer les mèmes comme genre à schèmes, pris dans des contraintes et outils matériels. soufyane.chafik@univ-tours.fr

Joël COLLOC est professeur émérite des universités en Informatique, membre du Laboratoire UMR IDEES Le Havre. Docteur en médecine, ancien médecin légiste des hôpitaux de Lyon, il est docteur en informatique de l’INSA de Lyon. Ses recherches concernent l’intelligence artificielle (IA) en e-Santé, la sémiologie, le raisonnement clinique. Il préconise une éthique de l’IA respectueuse de  la relation patient-soignant, la vie privée et la liberté de choix des patients. Il s’intéresse aux systèmes complexes, la nature de la pensée, aux évolutions de l’IA générative autonome (Chatbots) vers la conscience artificielle et aux conséquences sociologiques pour  l’avenir de l’humanité. joelc76@wanadoo.fr

Daiana DULA est maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université du Havre Normandie. Sa démarche de recherche cherche à établir le paradigme de “la communication géminée”. Les travaux mettent en exergue les phénomènes mimétiques qui, par l’essor remarquable des dispositifs informatisés, se trouvent exacerbés dans les interactivités contemporaines. La thématique se décline dans ses études sur les métamorphoses des médiations entre les hommes et les dispositifs et sur les mécaniques simulationnelles qui font basculer le dialogue interpersonnel en un dialogue imité et machinique. Ainsi de la technologie smart, de l’essor des robots et des agents conversationnels, etc. daiana.dula@univ-lehavre.fr

Philippe ETHUIN est enseignant, co-responsable du parcours Documentation à l’INSPE d’Amiens (Université de Picardie Jules Verne) et doctorant en sciences de l’information et de la communication. Chercheur associé au CERCLL (Centre d’Études des Relations et Contacts Linguistiques et Littéraires de l’Université de Picardie Jules Verne (UR 4283), il est rattaché au laboratoire MICA (Médiations, Informations, Communication, Arts) de l’Université de Bordeaux Montaigne (UR 4426) où il prépare une thèse consacrée aux discours prospectifs sur les médias émergents dans la presse du dernier quart du XIXe siècle. philippe.ethuin@u-picardie.fr

Béatrice GALINON-MELENEC est Professeur émérite des universités en Sciences de l’information et de la communication (Laboratoire UMR IDEES Le Havre), directrice de la série d’ouvrages L’Homme-trace (CNRS éditions). Elle est également rédactrice en chef chez Hypothèses.com du blog Ichnos-Anthropos. Le carnet de l’Homme-trace dont l’objectif  est de répondre aux besoins des chercheurs et chercheuses, jeunes ou confirmé(e)s, qui souhaitent être informés des publications, colloques et recherches qui interrogent la notion de Trace. Il est intégré dans  le E. laboratory on Human-trace. World Conference, CS DC UNESCO. et correspond aux objectifs pluridisciplinaires et internationaux de l’ UNITWIN UNESCO des systèmes complexes (https://en.unesco.org/sites/default/files/list-unesco-networks.pdf).  Ses recherches portent sur l’anthropo-sémiotique d’un humain doté d’un corps construit de traces et producteur de traces et s’inscrivant dans des écosystèmes vivant/milieu. Ses analyses entrent en écho avec la question de l’anthropocène et s’inscrivent dans le mouvement qui refuse les dualismes corps/esprit, culture/nature etc. Elle a initié le terme signe-trace  qui suggère que le signe résulte de processus traçuels. Elle soutient, à la suite de Derrida, que le signe est second par rapport à la trace (Derrida 1971). beatrice.galinon-melenec@univ-lehavre.fr

Inès GARMON est docteure en sciences de l’information et de la communication. Ses thématiques de recherches sont l’écriture numérique, les gestes d’interaction, les industries du numérique et les imaginaires des technologies numériques. Elle s’inscrit dans une approche matérielle et techno-sémiotique des dispositifs numériques et anthropologiques du corps et des médias informatisés. inesgarmon@hotmail.com

Christophe PIQUE est docteur en cinéma. Il est l’auteur d’une thèse sur l’esthétique de la réalité dans les films documentaires depuis l’avènement du direct. Il a enseigné l’histoire culturelle du cinéma et l’écriture du scénario à l’université de Caen et enseigne aujourd’hui l’audiovisuel et le multimédia à l’université de Rouen et du Havre. Ses recherches portent sur le réemploi contemporain des films d’archives, sur l’écriture documentaire et les gestes cinématographiques et artistiques à l’ère des technologies numériques. christophe.pique@univ-rouen.fr

Carine Roucan est enseignante et chercheuse en Langue et littérature françaises à l’Université du Havre Normandie. Sa démarche professionnelle et de recherche lie la pédagogie et l’édition. Elle est investie dans la réflexion pédagogique liée au numérique (travail avec la MAP, séminaire au PRSH (révolution) numérique, (révolution) pédagogique), et elle a également exercé pendant 10 ans des fonctions d’éditrice au sein de la micro-structure Racine & Icare qu’elle a fondée au moment de la révolution numérique du livre. C’est là son domaine de recherche émergent : la plateformisation du monde du livre et ses implications dans l’écriture, la lecture, la publication et la critique, notamment dans la littérature Young Adult, à la suite des travaux de Bertrand Legendre (sur l’édition) et de Laurent Bazin (sur la littérature youngadult). carine.roucan@univ-lehavre.fr

Patricia SAJOUS est maître de conférences HDR en géographie et aménagement. Ses recherches visent à comprendre les relations tissées par les individus avec l’espace au travers des usages de différents réseaux techniques. Ses analyses se développent dans le champ de la mobilité quotidienne depuis sa thèse : secteur en fort renouvellement, portant des défis immenses en termes de transition environnementale comme technique (low et high tech). L’enjeu de ses travaux est d’accompagner les réflexions dans les domaines de la Géographie et de l’Aménagement au moment où la place de l’usager évolue : considéré de moins en moins sous les seules étiquettes de consommateur ou administré et de plus en plus comme acteur, avec une dimension participative. patricia.sajous@univ-lehavre.fr

Marine SIGUIER est maitre de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université du Havre Normandie. Ses recherches portent sur la structuration des imaginaires sociaux sur les plateformes numériques. Elle a soutenu en 2020 une thèse sur les représentations de la lecture sur les réseaux sociaux numériques (indissociables de la question du geste). Depuis 2021, elle étudie également les effets de plateformisation des discours écologiques. Elle a ainsi analysé la posture des influenceurs « écolos » sur YouTube, la circulation de «mèmes » autour de la biodiversité sur Twitter, la création d’une collection « Ensemble pour la planète » sur Netflix, ou encore le recours aux sciences participatives par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO). marine.siguier@univ-lehavre.fr

Emoji, Pierre Halté, Publictionnaire, 2023

Auteur

Pierre Halté, Maître de conférences en sciences du langage, Université Paris Descartes

Contenu

Définition et histoire

Fonction des emojis

Approche sémiotique

Impacts synthaxiques

Fonctions énonciatives et stratégies conversationnelles

Emoji et sociolinguistique 

Bibliographie

Pour en savoir plus

https://publictionnaire.huma-num.fr/notice/emoji.

Référence

Halté Pierre, « Emoji » Publictionnaire. Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Mis en ligne le 12 avril 2023.

« Des modes d’existence du geste technique », article, Anne-Françoise Garçon, 2015

 

 

 

 

 

Auteur

Anne-Françoise Garçon est historienne, professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Résumé

Analysant les nombreux décalages qu’induisent les différences d’intentionnalité et d’historicité propres aux sources, l’article fait apparaître les différents modes d’existence du geste technique. En effet, si les gestes eux-mêmes relèvent de la pratique, transmise oralement dans le cadre d’un milieu gestuel, l’intentionnalité qui préside à leur transcription (iconographie comprise) dépend d’un régime de pensée différent. Au XVIe siècle, avec la « réduction en art », il s’agit d’informer le lecteur par une lecture raisonnée, technicisée. Le XVIIIe siècle insère cette culture technique dans une science économique, qui conduira à l’organisation scientifique du travail. Dans l’Europe du XVIIIe siècle émerge cependant, à côté, un autre régime de pensée, technologique, avec notamment Christian Wolff et Denis Diderot. Il s’agit cette fois-ci de ne pas opposer théorie et pratique, mais d’analyser la pratique gestuelle et d’en tirer la théorie qu’il contient, d’en extraire les principes en vue d’en améliorer l’efficacité. L’actuelle conception assistée par ordinateur qui permet au technicien de construire le geste avec une machine qui s’adapte de façon à reproduire le milieu gestuel et à l’améliorer, en est l’aboutissement contemporain. Au risque d’appauvrir la pratique et d’en fragiliser la transmission ? (résumé rédigé par la rédaction e-Phaïstos)

 

Référence 

Anne-Françoise Garçon« Des modes d’existence du geste technique »e-Phaïstos [En ligne], IV-2 | 2015, mis en ligne le 29 novembre 2016, consulté le 24 janvier 2024URL : http://journals.openedition.org/ephaistos/797 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ephaistos.797

GESTES TECHNIQUES, TECHNIQUES DU GESTE, Bouillon D. et al.(dir.), édition du septentrion, 2017, book, open source

Auteur : collectif 

 

 

Résumé (par les auteurs)

Le geste technique est reconnu comme partie intégrante d’un « patrimoine immatériel » par la richesse inégalée des métiers vivants. Comment comprendre ce mouvement du corps ouvrier dans toutes ses nuances, au fil du temps, grâce aux mots, aux images et aux traces matérielles ? L’ouvrage est un hommage à l’anthropologue François Sigaut (1940-2012). Conçu par les auteurs comme outil essentiel à qui souhaite saisir la multiplicité des approches, il revient sur les bilans et perspectives des recherches universitaires les plus récentes.

Le geste prime sur les mots et valorise l’individu inscrit dans une communauté d’expérience, d’acquis et d’excellence. Sont déclinés l’apprentissage d’un geste pour produire et transformer, la vie du geste et le geste artificiel. Les contributions sont pluridisciplinaires : verrerie, pierre, céramique, art campanaire, bijouterie, lutherie, mine, industrie textile, chantier naval, cuir, techniques agricoles ou alimentaires… Dès le xviiie siècle, le geste, initiateur des métiers, s’émancipe de l’atelier, compose avec la machine et abandonne progressivement l’outillage traditionnel. Au xxe siècle, la machine supplante parfois intégralement l’homme dans la réalisation du geste qui sera intégré, disséqué et exécuté par la robotique au xxie siècle.

ouvrage en open source

BOUILLON, Didier (dir.) ; et al. Gestes techniques, techniques du geste. Nouvelle édition [en ligne]. Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2017 (généré le 24 janvier 2024). Disponible sur Internet : <https://books.openedition.org/septentrion/12301>. ISBN : 978-2-7574-1810-9. DOI : https://doi.org/10.4000/books.septentrion.12301.

Séminaire 2023 : La Geste et Le Geste Numériques

Le séminaire a eu lieu le 6 décembre 2023, au Pôle de Recherche en Sciences Humaines et Sociales (PRSH) de l’Université Le Havre Normandie. Séminaire co-organisé par le PRSH et le E.Laboratory On Human Trace UNITWIN UNESCO CSDC.

L’objectif de ce séminaire était d’étudier le jumelage entre la geste et le geste à l’aune des productions numériques. Les abords critiques suscités par cette association sont évidemment riches, et chaque piste empruntée peut ouvrir sur des prospectives fort diverses, au croisement du geste narratif et de la narrativité gestuelle et par-delà l’engagement des corps concrets.

Le séminaire a été ouvert par Patricia Sajous, directrice du PRSH, et Cyrille Bertelle, co-fondateur de l’Unitwin Unesco CSDC. Deux conférences introductives ont été assurées par Laurence Mathey (GRIC, ULHN), qui est revenue sur les origines médiévales de la geste en tant que genre littéraire ; et Béatrice Galinon-Mélénec (IDEES, ULHN), qui a retracé une histoire de la place du geste en anthropologie de la communication.

Le séminaire a ensuite permis à 7 intervenants, issus d’horizons géographiques et disciplinaires divers, d’interroger le jumelage entre la geste et le geste à l’aune du numérique. La diversité des interventions a permis de replacer le geste dans un contexte historique, technique, culturel et social, à travers un regard transdisciplinaire qui a mobilisé aussi bien les SIC que les études cinématographiques ou la psychologie du développement. 

Cette diversité des regards et des approches a aussi eu pour effet d’ancrer le geste numérique dans une archéologie plus vaste, de la chanson de geste médiévale au swipe, nous permettant de prendre du recul par rapport aux discours de la « révolution » numérique. Cette première journée de réflexion commune a permis de souligner non seulement les points de rupture, mais aussi les continuités, les liens, les filiations. 

Historiciser le geste, c’était également redonner au numérique sa matérialité : nous avons parlé de la relation au corps, ce qui nous a permis d’ouvrir une dimension critique. Le geste numérique n’est pas un geste abstrait qui aurait lieu dans un espace dématérialisé qui serait une sorte d’univers parallèle. Tout comme l’usage du phonographe au XIXe siècle, le geste numérique mobilise des enjeux de littératie, qui supposent un apprentissage technique.  

La panoplie gestuelle a donc des conséquences très concrètes, que nous proposons de continuer à explorer ensemble. Parmi les points à explorer au fil de nos prochaines réflexions, la question de la narrativité semble centrale. Quelles histoires, quels récits, quels langages, apparaissent au croisement du geste narratif et de la narrativité gestuelle ?  La question des traces laissées par des corps gesticulants pourra aussi être liée aux enjeux écologiques. Comment penser l’anthropocène à partir de ce geste qui devient trace ? 

Pour en savoir plus, contactez les personnes concernées aux adresses ci-dessous : 

Coordination 
daiana.dula@univ-lehavre.fr
marine.siguier@univ-lehavre.fr
alexandra.seha@univ-lehavre.fr
 
Conférences introductives
beatrice.galinon-melenec@univ-lehavre.fr
laurence.mathey@univ-lehavre.fr
 
Intervenants
fabien.bitu@univ-rouen.fr,
soufyane.chafik@univ-tours.fr,
philippe.ethuin@u-picardie.fr
guillaume.jarousseau75@gmail.com
christophe.pique@univ-rouen.fr
peppe.cavallari@gmail.com
inesgarmon@hotmail.com,